Noiseau (Val-de-Marne), reportage
Ici, une harde de chevreuils surgissant de la forêt de Notre-Dame, là des terres céréalières dorées par le soleil hivernal et, au loin, le village de Noiseau (Val-de-Marne). Un des rares paysages agricoles de la petite couronne francilienne. Mais peut-être plus pour très longtemps. Depuis 2018, les agriculteurs et des habitants se mobilisent contre le projet d’une prison, qui pourrait bétonner plus de 20 hectares de terres agricoles.
Une voix mordante s’échappe du corps de ferme, à l’entrée du village. « Ça me révulse de voir qu’ils tapent sur nos terres », fulmine Jacques, producteur de colza. Les bottes boueuses, les cheveux blancs, la veste élimée, l’agriculteur porte sur lui les traits de l’âge et de l’usure. Pourtant, il a dans son phrasé un aplomb de jeunesse, comme une envie d’en découdre.
« Non à la prison de Noiseau » exhibe une banderole dans la cour de cette propriété, détenue par Frédéric Naudier, l’autre exploitant menacé d’expropriation. De telles pancartes, on en voit partout dans le village. Si l’on revient huit ans en arrière, rien n’aurait laissé suspecter que cette localité du Val-de-Marne deviendrait une terre de lutte.
Informés du projet par un article du Parisien, les agriculteurs ont d’abord eu du mal à encaisser la nouvelle. Sans réelle concertation, leurs terres ont été choisies par le ministère de la Justice pour accueillir une prison de 800 places, dans le cadre du plan 15 000 places de prison. Ce projet carcéral, initié par le gouvernement d’Édouard Philippe en 2018, devait arriver à terme en 2027, mais il est en retard.
Dans le Val-de-Marne, les citoyens mais aussi des élus municipaux, départementaux et régionaux, de tous les bords politiques, se sont vite opposés à cette artificialisation contrainte : marches, réunions publiques, création de l’Association rurale de protection du cadre de vie, de…
Auteur: Isaure Dimanov, Mathieu Génon

