Pour les poissons et les pêcheurs-artisans, l’embellie semblait proche. Rapports scientifiques, avis de la filière, sous-entendus du ministère… Tout semblait concorder pour que les navires industriels soient interdits, dès cet hiver, dans la « bande des 12 milles », c’est-à-dire l’espace maritime situé jusqu’à 22 km des côtes.
Cette zone, où se reproduisent de nombreuses espèces de poissons, revêt une importance écologique majeure. Elle est pourtant ouverte aux bateaux de pêche de plus de 25 m de long, français, mais aussi étrangers, en vertu d’anciens accords de voisinage. Avec son pavillon néerlandais, l’Annie Hillina, un chalutier congélateur de 112 m de long capable de capturer en une journée l’équivalent des prises de 1 000 petits bateaux, peut par exemple y larguer ses filets.
« Je ne vois pas pourquoi on s’évertue coûte que coûte à maintenir ce modèle »
Pêcheurs-artisans et associations écologistes réclament depuis des années l’exclusion de ces bateaux de la bande côtière, notamment en Manche. D’après une note scientifique mise au point par des chercheurs de l’institut Agro, les navires industriels (néerlandais pour la plupart) accaparent 45,5 % des poissons pêchés au large des Hauts-de-France. Les harengs, sardines et maquereaux qu’ils capturent ne sont pas débarqués sur le territoire, mais au port d’Ijmuiden, aux Pays-Bas.
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« C’est absolument dingue, juge Charles Braine, patron pêcheur et président de l’association Pleine mer. Je ne vois pas pourquoi on s’évertue coûte que coûte à maintenir ce modèle. » « On nous parle beaucoup de souveraineté alimentaire, mais en parallèle, on laisse pêcher dans la bande côtière des bateaux qui font tout sauf nourrir les Français », regrette Dimitri Rogoff, le président du comité régional des pêches de…
Auteur: Hortense Chauvin
