« Moi, j’appelle ça le remembrement numérique. Après, on n’aura plus personne en face de nous : tout sera numérisé. » À l’approche de la réforme de la facturation électronique, Olivier Niol, 57 ans, ne décolère pas. Avec sa femme Béatrice, il est agriculteur bio à Saint-Jean-la-Poterie (Morbihan), dans le Pays de Redon. Sur leur ferme de 30 hectares, ils élèvent des volailles et cultivent de petits fruits rouges, vendus en circuits courts. « On n’a pas la carte bancaire. Les gens paient en chèque ou en liquide. Moi, je n’ai toujours pas de smartphone. » Leur comptabilité est encore entièrement sur papier. Alors passer par un ordinateur pour consulter leurs factures ou déclarer leurs ventes, très peu pour eux. Ils ne sont pas les seuls : 61 % des agriculteurs jugent que cette réforme est « source de stress ».
Ils vont pourtant devoir s’y mettre. À partir du 1er septembre, toutes les entreprises devront être en mesure de recevoir leurs factures électroniques sur une plateforme privée agréée par l’administration fiscale. Les PME, les micro-entreprises et donc la très grande majorité des exploitations agricoles devront, elles, émettre leurs factures sous ce format. En cas de non-respect, elles s’exposent à une mise en demeure, puis à une amende de 500 euros si aucune plateforme n’a été choisie dans les trois mois, portée à 1 000 euros par trimestre tant que la situation n’est pas régularisée.
Problème, cette réforme risque d’accroître la charge de travail administratif dans les petites fermes, alertent paysans, syndicats et associations agricoles. Aujourd’hui, les agriculteurs déclarent leur TVA une seule fois par an, quel que soit leur régime. Les plus petites fermes relèvent souvent du régime du microbénéfice agricole (micro-BA), qui leur évite de tenir une comptabilité complète. Beaucoup gèrent donc eux-mêmes leur comptabilité ainsi que leur déclaration…
Auteur: Émilie Massemin
