Ce numéro de la revue Socio-économie du travail trouve ses origines dans la journée d’études organisée en 2024 à l’Université Paris-Dauphine, portant sur l’actualité des analyses faites par Braverman. Nous remercions Classiques Garnier de nous avoir autorisé à reproduire une partie de l’introduction.
***
L’ouvrage a donné naissance à une série de débats qui ont été regroupés au sein d’un courant théorique qu’on a nommé Labour Process Theory [LPR, en français « théorie du procès de travail », NDLR], présent en économie, en sociologie, en comptabilité et en théorie des organisations, où cette approche a largement nourri les études critiques en management (Omidi et al., 2023).
Aujourd’hui, on distingue quatre vagues au sein de la LPT (Thompson et Newsome, 2004), dont la première est directement liée à la parution de TCM [Travail et capitalisme monopoliste, NDLR] et aux thèses sur la taylorisation du processus de travail et sur la déqualification (Zimbalist, 1979).
On y trouve des études de cas conduites par des continuateurs de Braverman, comme celles de l’historien David Noble (1979). Celui-ci poursuit les intuitions de TCM concernant le changement technologique à travers une recherche consacrée au développement de la machine-outil à commande numérique. Pour Noble, la technologie n’est pas une variable indépendante, mais le produit de choix sociaux en vue de mieux contrôler le processus de travail dans l’industrie.
La deuxième vague est marquée par des travaux qui se sont intéressés aux formes variées que peuvent prendre les mécanismes de contrôle des travailleurs (Edwards, 1979, Friedman, 1977, Burawoy, 1979, 1985). Cette recherche a produit des études détaillées de stratégies de contrôle, de dynamiques de déqualification, mais également de qualification et de résistances de travailleurs, et a fourni le « cœur » de la LPT depuis Braverman (Thompson et…
Auteur: camille varso
