Une énorme éponge nous protège pour l’instant du chaos climatique : l’océan. Il absorbe 90 % de l’excédent de chaleur généré par nos émissions de gaz à effet de serre. Sans compter qu’il limite, en amont, l’ampleur du changement climatique en absorbant environ le quart de nos émissions de carbone.
Pour combien de temps encore ? L’éponge va-t-elle arriver à saturation ? À quelle vitesse ? Dans quelle proportion et avec quelles conséquences ? Ces questions obsèdent bon nombre de climatologues et océanographes, encore incapables d’y apporter des réponses satisfaisantes.
Acteur majeur du système climatique terrestre, l’océan est paradoxalement sous-étudié par la science. En 2020, les États n’y consacraient, en moyenne, que 1,7 % de leur budget de recherche, déplorait un rapport de l’Unesco.
En amont de l’Unoc 3 (la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan qui se tient à Nice du 9 au 13 juin), un congrès scientifique mondial, porté par le CNRS et l’Ifremer, appelait les décideurs politiques à s’engager fortement pour l’océan, notamment en finançant davantage la recherche. Et en matière de relations climat-océan, les zones d’ombre à explorer sont légion.
Les mystérieuses turbulences de l’océan
« Contrairement à l’atmosphère qui est relativement transparente et qu’on observe bien par satellite, l’océan est complètement opaque à tout rayonnement, passé quelques mètres de profondeur », explique Sabrina Speich, océanographe et climatologue, professeure à l’École normale supérieure.
Il faut donc aller mesurer in situ ce qu’il se passe sous la surface. Mais les campagnes océanographiques coûtent cher et peinent à couvrir l’immensité des mers du globe. La tâche est d’autant plus ardue que l’océan est particulièrement turbulent. C’est-à-dire qu’il s’y forme une multitude de tourbillons, rendant la compréhension de la…
Auteur: Vincent Lucchese

