« La proposition d’instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ne relève ni d’un simple ajustement technique du droit pénal, ni d’un durcissement sécuritaire parmi d’autres. Elle engage un déplacement plus profond, qui touche à la manière dont un régime politique organise, légitime et rend pensable la violence qu’il exerce en son nom. Ce qui est en jeu ici n’est pas seulement l’extension de prérogatives policières, mais une transformation du cadre dans lequel la violence d’État est appréhendée, évaluée et jugée. »
« Seul notre concept du temps nous permet de parler de Jugement dernier, à proprement parler c’est une cour martiale. »
Franz Kafka
Introduction : le seuil et sa fermeture
La proposition d’instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ne relève ni d’un simple ajustement technique du droit pénal, ni d’un durcissement sécuritaire parmi d’autres. Elle engage un déplacement plus profond, qui touche à la manière dont un régime politique organise, légitime et rend pensable la violence qu’il exerce en son nom. Ce qui est en jeu ici n’est pas seulement l’extension de prérogatives policières, mais une transformation du cadre dans lequel la violence d’État est appréhendée, évaluée et jugée.
Écrit dans l’urgence d’une conjoncture politique précise, ce texte ne se propose donc pas d’analyser une loi isolée, ni de commenter un débat parlementaire particulier. Il interroge le seuil qu’une telle réforme fait franchir au rapport entre droit, souveraineté et mort, au moment où l’usage létal de la force, sans quitter formellement le registre de l’exception, se trouve placé sous le régime d’une présomption normative.
La présomption de légitime défense ne supprime pas l’exception létale, mais elle en neutralise la portée critique, en la rendant légitime avant même qu’elle puisse être…
Auteur: dev

