Notre journaliste Marie Astier a un grand potager, chez elle, dans les Cévennes. Dans cette chronique mensuelle, elle livre astuces et réflexions, parce que jardiner… c’est politique.
Le parterre des aromatiques a souffert des dures gelées de janvier. Le retour du soleil est l’occasion de constater les dégâts. Je sors les verveines de la forêt d’herbes folles qui les cache, j’ai taillé du bois mort. On verra si elles repartent du pied. La sauge qui faisait plus de 1 m2 n’a gardé que quelques tiges, bien vivaces cependant, elle repartira. Je récupère un rejet aventureux pour le replanter dans la plate-bande. Le romarin est bien asséché, la lavande, elle, n’a pas bronché et étend son territoire. Le thym citron qui était chétif a disparu. Le fenouil ambré maintient sa place pour la cinquième année consécutive.
Je suis en retard sur toutes ces tâches que j’aurais dû accomplir avant le printemps, tant pis. Ailleurs au jardin, on marque les emplacements des pivoines qui devraient bientôt ressortir, on savoure la sortie des multiples plantes à bulbes qui colorent le printemps. C’est la fin du jeu de cache-cache de l’hiver pour de nombreuses plantes.
Personne n’écrit de mode d’emploi de son jardin. On devrait. Pour que d’autres puissent s’en occuper en notre absence, et aussi pour que nos jardins soient transmissibles.
Car si nous n’étions plus là, qui saurait qu’il faut désherber avec soin ce coin le long du mur plutôt que d’y passer la tondeuse, car s’y cachent des fleurs ou des saveurs gourmandes ? Que le meilleur lieu pour planter les courges se situe sous le cognassier ? L’abri du hérisson pourrait disparaître en un coup de rangement intempestif, ainsi que celui de la couleuvre. La sauge n’aurait plus de mémoire — elle ne vient pas de n’importe où, je l’ai achetée il y a huit ans à ces pépiniéristes désormais à la retraite qui allaient chercher leurs variétés…
Auteur: Marie Astier

