Écouter “P’tite Pute” de Damien Saez, c’est encaisser en pleine gueule le pire de la critique sociale paresseuse, le genre de laïus qu’un vieux mec te mansplain à 3h du mat’ dans une cuisine trop petite, et que tu rejoues ensuite sous la douche en l’insultant, lui, son père et toute sa lignée jusqu’à la septième génération. Sortie en 2018, la chanson se veut une diatribe contre la société du spectacle, l’aliénation des réseaux sociaux, l’exposition des corps et des vies comme marchandises. Mais la cible choisie trahit tout : au lieu d’attaquer les vrais responsables de la marchandisation du monde : plateformes, logiques de profit, capitalisme, Saez s’en prend à des femmes, et plus précisément aux influenceuses. Le tout résumé dans deux mots aussi nazes que l’artiste : « p’tite pute ». Une insulte vieille comme le patriarcat, qui dans sa grande bouche condense misogynie, putophobie et mépris de classe. Derrière le masque du poète rebelle se cache en réalité un vieux réflexe : taper sur les individus et plus particulièrement sur les victimes quand on prétend critiquer un système.
Qui est Damien Saez ? Et c’est quoi cette chanson ?
Damien Saez, c’est l’éternel « poète maudit » de la chanson française, qui rôde dans le coin depuis les années 2000, et traîne une réputation de marginal inspiré, héritier autoproclamé de Rimbaud et Ferré. Sa posture, c’est celle du rockeur dépressif qui crache sur la “s o c i é t é”, sur « les moutons », sur « l’idiocratie ». Mais derrière cette image, il y a un fond creux, une posture adolescente qui confond cynisme et profondeur. Dans “P’tite Pute”, il fait mine de dénoncer l’exposition narcissique des réseaux sociaux, mais choisit de cibler une figure bien précise : les influenceuses, l’incarnation bien commode d’un monde superficiel.
Constatons ensemble…
Auteur: Farton Bink

