Il faut lire de toute urgence le poète Monchaochi. L’urgence vient de l’imminence où nous sommes d’une perte de parole, que l’omniprésence des mots tente de masquer. Mais entendons-nous bien. Il ne s’agit pas d’en dire plus. « Ils veulent prendre la parole : mais c’est prendre l’écoute qui enivre, déplace, subvertit ».
La prise de parole est une manière de la taire, de l’empêcher de dire. Et cela, il faut le voir clairement. La lecture de Monchoachi, à travers STREITTI et Retour à la parole sauvage, ouvre une clairière dans l’esprit. Une bouche créole tend la main à l’Occident malade d’une langue, qui ne signifie rien d’autre qu’une signification totale, comme si le monde s’était concrètement réduit, par un usage outrancier des discours ayant le pouvoir presque « surnaturel » de rendre muet.
Dans mon champ pourtant, au toucher de la terre, j’entends le lieu crier. Le lieu ne parvenant plus à se dire (le lieu-dit), il s’est mis à hurler. Mais nulle oreille pour entendre, que des bouches bouchées. Reste les mains. « A la différence de la parole qui passe son temps à courir après elle-même, la main qui œuvre ne sombre jamais dans le ressentiment. Tout au plus, à force de saisir et de façonner peut-elle, à certain égard, s’abîmer, s’épuiser. »
Monchoachi ne pratique pas « l’angélisme ». Il « endure son lieu », se mêle concrètement à son exigence pour qu’il s’empare de sa bouche ouverte capable de laisser parler d’autres paroles, d’autres voix. L’urgence d’une parole poétique peut sembler « dérisoire ». A moins que l’imminence de la catastrophe se trouve du côté du dire, et que l’odeur de soufre dans l’air vienne d’une mise à feu d’une parole parlée ne signifiant rien d’autre qu’elle-même. La multitude des formes de vie ne disparaît pas seulement à cause d’un surmenage de la production consommation. Mais aussi parce que ces…
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Auteur: dev

