Peupler une lande

Peupler une lande rassemble sept notes autour du livre de Cécile Sans, Visible par légende, qui vient de paraître aux éditions Série discrète.

Déborder le livre

Soit un poème qui débute à même la couverture, au-dessus du nom de l’autrice et du titre. Une première phrase – « la caméra n’a pas cessé d’enregistrer » – et qui renvoie à un amont. Le texte se poursuit, ses phrases tombant en cascade sur la couverture, enserrant Cécile Sans ou Visible par Légende entre deux énoncés. Voilà pour le début : quelque chose a commencé avant même le livre, quelque chose qui semble lui échapper, et qui défigure les conventions typographiques autour de l’objet-livre. Quant à la dernière phrase du texte – « Mais le film reprend et confirme (insiste) : oui, ainsi, » – inachevée, ouverte sur une virgule, écrite au bas de la quatrième de couverture, elle annonce un aval qui lui échappera. On ne pourrait mieux ouvrir sur le dehors en jouant sur la matérialité du livre : écrire quelque chose qui commence sur la couverture, avant même qu’on ne l’ouvre, et qui se poursuivra sur son dos, bien après l’avoir refermé. Une production d’espace qui déborde du live.



Filmer le territoire d’une enfance

Mais quel(s) espace(s) au juste ? « Les restes d’une chapelle, deux enfances nouées : invisibles, présentes, définitives », enfances ou bâtiment qui hantent le livre, qui aimantent autour d’eux des gestes, des discours, les fragments d’une histoire qui se dérobe sans cesse. Il y a aussi des prés communaux disparus sous les clôtures. Et puis une communauté de lépreux, les cagots, mis au ban de la société, condamnés à se terrer dans quelque hameau perdu. Une terre défigurée au gré des enclosures, des lépreux qu’on ostracise, des enfances flottantes, invisibles, des récits réduits à l’état de spectres ou fuyants : l’écriture-caméra enregistre tous ces éléments…

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Auteur: dev