En vue de l’élection présidentielle de 2027, nous allons être matraqués de sondages. Quelle confiance accorder à ces chiffres ? Pour le comprendre, il faut se pencher sur les statistiques, déterminer comment elles sont construites et déterminer les biais et les incertitudes.
Le dimanche 7 juillet 2024, le verdict des urnes a balayé des semaines de « certitudes statistiques ». Alors que les instituts plaçaient le Rassemblement national (RN) et ses alliés en tête avec une fourchette de 170 à 230 sièges, les résultats définitifs ont figé le compteur à 143 sièges, reléguant le parti à la troisième place.
Comment un appareil statistique aussi sophistiqué a-t-il pu manquer la physionomie de l’Assemblée à ce point ? La réponse ne réside pas seulement dans de « mauvais chiffres », mais dans un décalage structurel entre ce que la loi encadre, ce que la statistique permet, et ce que le public entend.
Le « sondage » contrôlé contre la « projection » libre
Depuis la loi no 2016-508 du 25 avril 2016, la Commission des sondages est chargée de veiller au respect de la réglementation. Elle s’est dotée d’un site donnant accès aux notices explicatives de l’ensemble des sondages électoraux publiés, et publie régulièrement des communiqués. Le 18 juin 2024, à l’occasion des élections législatives, la commission alerte sur une distinction juridique fondamentale qui échappe souvent au grand public :
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Le sondage (contrôlé) : une enquête statistique sur un échantillon représentatif de l’ensemble du territoire hexagonal. La commission exerce ici un contrôle systématique sur la méthode de sélection, les quotas et les redressements.
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La projection en sièges (non contrôlée) : c’est un exercice de « traduction » du vote national en sièges parlementaires. La commission est formelle : elle n’exerce aucun contrôle sur ces chiffres et recommande la prudence.
Pourquoi ? Parce que la…
Auteur: Léo Gerville-Réache, Modélisation statistique, Université de Bordeaux

