Le cartafluor, interdit aux Etats-Unis
Tout commence par une anomalie. Des taux de PFAS, ces substances per- et polyfluoroalkylées surnommées « polluants éternels », qui explosent dans l’eau potable de petites communes rurales des Ardennes et de la Meuse. Des villages sans industrie lourde, sans vallée chimique, sans passé manufacturier apparent.
« C’était vraiment de toutes petites communes rurales qui n’avaient vraiment rien à voir avec la vallée de la chimie à Lyon », raconte Nicolas Cossic, journaliste indépendant et membre du collectif Enketo, qui co-signe l’enquête parue dans Disclose avec Émilie Rosso, journaliste à France 3.
En tirant le fil, les deux journalistes remontent jusqu’à la papeterie Ahlstrom de Stenay, dans la Meuse. Son activité phare : fabriquer des papiers résistants à la graisse pour l’industrie alimentaire — dont des emballages de croquettes pour animaux.
Pour obtenir cette résistance, l’usine injectait des quantités massives de résines à base de PFAS, dont le PFOA, classé cancérogène pour le rein et les testicules, et le Cartafluor, « un produit si nocif et persistant qu’il a été retiré du marché américain dès 2011 ».
Ces composés ultratoxiques se mêlaient aux eaux usées de l’usine, finissaient dans les boues d’épuration, le résidu solide inévitable issu du traitement des eaux. Puis, dans le cadre d’un schéma présenté comme gagnant-gagnant, les boues étaient épandues sur des terres agricoles alentour.
Les boues ne coûtent pas cher. Entre 1994 et 2022, 356 000 tonnes de boues contaminées ont été dispersées sur au moins 2 700 hectares, dans 44 communes de la Meuse et des Ardennes. Bien au-delà des 16 villages où la consommation d’eau est aujourd’hui officiellement interdite.
L’usine Stenpa – Crédit : Nicolas Cossic
Plus de pollution qu’autour d’une usine chimique
Le choc survient au laboratoire. Des prélèvements de terres agricoles,…
Auteur: Isabelle Vauconsant

