Un rêve agricole, un sol empoisonné
Anne Abraham parle vite, clairement, sans se plaindre. Infirmière de formation, elle a porté avec son mari Sébastien un projet de maraîchage à Haraucourt, dans les Ardennes, depuis trois ans. Quatre hectares, une ferme achetée sur un coup de cœur, quatre enfants, une agriculture raisonnée : ni pesticides, ni désherbant chimique. Purin d’ortie, macérats maison, légumes de saison. « On essayait d’être le plus écologiques possible. »
En octobre 2025, un laboratoire mandaté par la préfecture se présente sans prévenir pour prélever des tomates. Résultats négatifs. Deux semaines plus tard, retour sur place pour des légumes feuilles. Les blettes, elles, fixent les PFAS. L’interdiction de commercialisation tombe. En janvier 2026, sur 48 prélèvements effectués dans les cultures, œufs et viande compris, 24 reviennent positifs.
Anne et Sébastien décident alors d’arrêter. Pas parce qu’on le leur impose, par précaution. Depuis, la préfecture considère qu’ils ont cessé « de leur plein gré », leurs terres n’étant pas officiellement déclarées non cultivables.
« Ils ne veulent pas entendre que quand vous êtes une structure qui fait du circuit court, éco-responsable, avec une clientèle qui cherche le produit sain, cette clientèle ne va plus venir chercher ses deux tomates ; et que le principe de précaution est moralement nécessaire. »

Épandages oubliés, dossiers disparus
La contamination remonte en effet bien plus loin que leur installation. C’est Nicolas Cossic (Disclose) qui, en juillet 2025, les contacte le premier, en lien avec Émilie Rosso (France 3). Leurs parcelles figuraient sur les plans d’épandage de la papeterie Sappi. Des boues industrielles y ont été répandues en 2012, 2014 et 2017, selon les documents officiels détenus par Anne Abraham.
Un possible épandage supplémentaire en 2022 reste invérifiable. « Le dossier a disparu à la DREAL »,…
Auteur: Isabelle Vauconsant

