Prologue
On est le dimanche 12 mai 1985. C’est le jour de la fête des mères. Sur Washington Avenue, dans le quartier de Cobbs Creek tout à l’ouest de Philadelphie, on prépare ce qui promet d’être une journée radieuse. Des pères confectionnent les repas avec les saveurs préférées de leurs épouses et les enfants rivalisent d’attentions gentilles envers leur maman. Au mitan des années 1980, tout le monde prend cette fête très au sérieux. Les hommes noirs, très majoritaires dans le quartier, veulent aussi montrer qu’ils n’ont rien à voir avec ces deadbeat dads qui, dans les représentations médiatiques, partagent la même pigmentation qu’eux. Ils ne sont pas de ces individus irresponsables qui ont abandonné leurs femmes et leurs enfants, refusant de leur verser une pension, ne venant pas rendre visite à leurs gosses, encore moins s’en occupant.
La journée se passe magnifiquement, il fait 27° Celsius, soit 80° Fahrenheit. Ça sent le barbecue, il y a comme un avant-goût d’été. Le soir, bien des pères se couchent avec le sentiment du devoir conjugal et familial accompli.
Inquiétudes
À huit blocs de là, sur Osage Avenue, une fête des mères vraiment différente se déroule. C’est que la police est passée par là. Elle a intimé à une partie des familles vivant dans le périmètre de prendre quelques affaires et de partir pour quelques heures : « C’est pour votre sécurité », « Vous serez très bientôt revenus », voire « Vous devez obtempérer, sinon ça pourrait vous porter préjudice ». Certains policiers ont parlé d’un ton rassurant, d’autres en donnant l’impression de ne pas trop savoir ce qu’ils disaient et ce qu’ils faisaient, d’autres enfin se sont montrés arrogants avec les habitants – afro-américains pour la plupart – comme s’ils appartenaient à une force d’occupation. James Taylor, qui habitait au 6244 Osage Avenue, a pris ses vêtements de…
Auteur: ugopalheta

