Le général Morillon est mort. Les élections européennes de 1999 nous avaient fait collègues. La vie Parlementaire nous a faits amis et nous sommes depuis lors restės l’un à l’autre attentifs et fidèles. Je ressens son départ avec une très forte émotion. La tristesse y a sa part mais aussi le respect pour un destin placé tout entier sous le signe de la rectitude et du service des autres.
Philippe Morillon a traversé, le front haut et l’âme droite, trois des plus grandes épreuves auxquelles les militaires français ont été confrontés au cours des soixante-cinq dernières années : la fin déchirante de la guerre d’Algérie, l’horreur de la guerre de Bosnie, la tragédie Afghane. De l’Algérie, je parlais souvent avec lui.
Il était parfaitement conscient du caractère inéluctable et finalement légitime du consentement de la France à l’indépendance de la nation algérienne. Il n’en avait pas moins, jeune Saint-cyrien, vécu difficilement l’épreuve magnifiquement mise en scène par Shoendorffer dans le Crabe tambour, de la confrontation douloureuse du devoir d’État et de l’engagement moral des militaires au service de « la solution la plus française ».
C’est toutefois une vingtaine d’années plus tard que les plus grands tourments seraient infligés au général Morillon par l’injustifiable hypocrisie de la fausse présence onusienne au cœur de la guerre de Bosnie. Placé à la tête de la Forpronu en octobre 1992, il s’était engagé à fond au service de la sécurité des milliers de Musulmans qui, chassés par la terreur serbe, avaient trouvé refuge dans l’enclave de Srebrenica.
Ce zèle avait déplu. Philippe Morillon avait dû quitter ses fonctions en juillet 1993 et avait donc été contraint deux années plus tard d’assister, médusé et impuissant comme l’ensemble des Européens, aux massacres génocidaires de 8 000 hommes, femmes…
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