Philosophie et révolution. Sur le Gramsci d’André Tosel

Les éditions Amsterdam ont publié en novembre 2022 une sélection des écrits d’André Tosel sur Gramsci, sous le titre Le fil de Gramsci. Philosophie et politique de la praxis. Avant d’entrer plus en détail dans le contenu de l’ouvrage, il nous faut dire que sa publication est une bonne nouvelle. Tout d’abord parce qu’il permet de sauver de l’oubli l’apport de Tosel, mais aussi, et surtout, parce qu’il offre un matériau très utile pour repenser des questions fondamentales du marxisme ; des questions qui peuvent être rediscutées telles que Gramsci les a formulées ou au-delà de l’approche proposée par le communiste sarde.

La préface, rédigée par l’éditeur du livre, Vincent Charbonnier, débute de façon malheureuse, en affirmant que les études gramsciennes se sont développées principalement en Italie et dans le monde anglophone, oubliant l’Amérique latine et signalant ainsi, involontairement, l’horizon limité qui affecte encore aujourd’hui une bonne partie de l’intelligentsia européenne. Toutefois, au-delà de ce faux pas initial, en présentant la pensée de Gramsci comme un « fil rouge » des réflexions du philosophe français, ce texte est une introduction appropriée aussi bien au volume qu’aux préoccupations théoriques de Tosel,.

L’ouvrage est composé de textes publiés dans les années 1980 et 1990 et divisé en trois parties, respectivement intitulées « le marxisme comme philosophie de la praxis », « questions de stratégie révolutionnaire » et « Gramsci et la France ». Nous commenterons les textes qui composent chacune d’entre elles, puis nous présenterons quelques réflexions et remarques de conclusion.

Philosophie de la praxis : science, langage, idéologie et politique

La première partie est celle qui traite des problèmes théoriques les plus denses. Elle s’ouvre sur l’article de 1984 « Philosophie de la praxis et dialectique », qui remet en question la lecture du marxisme en termes de « matérialisme dialectique et de matérialisme historique » et tente en même temps de rétablir le rôle de la dialectique dans la lecture gramscienne du marxisme comme philosophie de la praxis. Si Tosel fait référence à Boukharine et à la Troisième Internationale, sa critique peut aussi être étendue à la lecture d’Althusser dans les années 1960. Contre l’idée d’un marxisme présenté comme « l’unité d’une philosophie et d’une science », la philosophie de la praxis remet en cause l’image d’une théorie qui « se donne comme un…

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Auteur: redaction

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