Les hommages pleuvent à verse sur Sebastião Salgado. Voilà le photojournaliste franco-brésilien installé au panthéon des fabricants d’icônes contemporaines, et c’est mérité. Chercheurs d’or embourbés dans la Serra Pelada, Bangladeshis démanteleurs de bateaux à main presque nue, paysan·nes sans terre à l’assaut de propriétés incultes, femmes autochtones hiératiques d’Amazonie, vallées paradisiaques…
Certaines de ses images ont imprimé les rétines, partout dans le monde, avec une rémanence qui doit bien plus qu’à la signature esthétique du maître : il en émane une force suggestive qui porte un message humaniste universel, qu’il s’agisse de témoigner d’une vicissitude humaine ou de la beauté du monde, chacune stupéfiante dans sa catégorie.
Tableaux
Salgado a sillonné la planète des milliers de jours dans des dizaines de pays avec ses appareils, lui qui décrivait son engagement de photographe comme une idéologie. On a pu lui en reprocher certains aspects, comme l’esthétisation de la misère, avec cette manière si particulière d’exacerber la solarisation de ses tirages argentiques en noir et blanc. Ses cadrages, rehaussés, devenaient des tableaux.
A-t-il glissé vers une essentialisation flatteuse pour son œuvre, comme avec la pénibilité du travail (La Main de l’Homme, éd. La Martinière, 2014) qui ne serait que servitude ? Contribué à détourner la compassion de la réflexion, en faisant du lyrisme avec le malheur ? Ou encore alimenté le mythe de la pureté, âmes et corps, par ses splendides portraits de peuples amazoniens et autres autochtones ? (Genesis, 2023 ou Amazônia, 2021, éd. Taschen) ?
Il n’a guère ferraillé pour s’en défendre, défendant la puissance d’évocation du noir et blanc, choix qui caractérise la quasi-totalité de son œuvre, comme un droit à l’interprétation de la réalité mais aussi, et peut-être…
Auteur: Patrick Piro


