Si vous lisez les médias traditionnels, vous avez croisé leur regard ces dernières semaines. Sans doute êtes-vous familiers de ces images dans lesquelles un enfant regarde droit dans l’objectif du photographe.
Bien que ces photographies soient largement utilisées par les médias, la légitimité de leur usage ne fait pas l’unanimité.
Ces photographies prises dans des pays détruits par la guerre vous ont profondément émus tant les sentiments évoqués étaient vifs : souffrance, peur, détresse. Peut-être avez-vous encore en mémoire l’image du petit garçon d’Alep, en Syrie, le visage couvert de poussière, de cendres et de sang, le regard à la fois fixe et absent, sonné par les bombardements auxquels il vient de survivre.
De regard en regard, ces photographies ont construit un genre médiatique.
Il est vrai qu’il existe des directives éthiques qui guident l’usage des photographies de presse. Mais les intentions humanistes qu’elles affichent cachent le fait qu’elles sont aussi des produits échangés sur les marchés de l’information. Ainsi, une récente recherche a souligné l’urgence de s’interroger sur les fins qu’elles servent et les chercheurs recommandent de demeurer circonspect à leur égard.
Professeure agrégée en culture et linguistique appliquée à l’Université Simon Fraser, mes recherches portent sur le langage dans les films et les médias, les idéologies qu’ils construisent et leur rôle dans le maintien des préjugés à l’égard des groupes ethniques et minoritaires. Dans mon enseignement, j’attache une grande importance au développement d’un regard critique. Il est essentiel de savoir décrypter les images de l’actualité et les personnes qu’elles dépeignent, comme les enfants.
Une réalité sans fard
Les nouvelles des conflits lointains nous parviennent à travers des comptes-rendus, images, fragments sonores ou vidéos. Un événement devient réel parce qu’il est…
Auteur: Gaelle Planchenault, Associate Professor of French Media, Culture, and Applied Linguistics, Simon Fraser University

