Aucune économie ne peut être correctement gérée sans données économiques fiables. Cette idée, qui traverse toute l’histoire de la pensée économique – d’Adam Smith à Simon Kuznets, le père de la comptabilité nationale moderne – est au cœur du débat sur sur le “rebasing” du Produit intérieur brut (PIB) sénégalais.
Le Sénégal, comme beaucoup d’économies africaines, a décidé en 2023 de réviser la base de calcul de son PIB. Derrière cet exercice technique se joue un enjeu central : disposer d’indicateurs crédibles pour évaluer les politiques publiques et la performance économique du pays, de même que la soutenabilité de la dette. Les comptes nationaux du Sénégal ont ainsi changé d’année de base au mois de novembre 2025.
La révision de la base du PIB — ou rebasing — est un outil stratégique pour corriger les distorsions dans la mesure de l’activité économique. Au Sénégal, cette opération intervient dans un contexte de tensions macroéconomiques, de découverte de passifs cachés et de négociations difficiles avec le Fonds monétaire international (FMI).
Ce rebasing intervient dans un contexte de marges de manœuvre budgétaires limitées et où le FMI maintient une posture prudente, voire dilatoire, face aux demandes d’ajustement alignées sur l’agenda national de transformation économique, appelé “Sénégal 2050”. Cette situation révèle un dilemme structurel : concilier discipline macroéconomique, souveraineté dans le choix des politiques économiques et impératif de croissance économique durable et inclusive.
En tant qu’économiste spécialisé dans les statistiques et politiques macroéconomiques, je propose ici une analyse des enjeux macroéconomiques et financiers liés au rebasing au Sénégal. J’examine également la manière dont cette opération statistique pourrait contribuer à renforcer la crédibilité des réformes et éclairer les arbitrages stratégiques nécessaires…
Auteur: Souleymane Gueye, Professor of Economics and Statistics, City College of San Francisco

