Picrochole et nous

En temps de détresse et de dureté, je me retourne souvent vers Rabelais, vers son œuvre savoureuse et savante, gourmande et populaire, joyeuse et grave. Il sait la guerre fratricide, les crispations identitaires, la déroute d’un monde finissant et le bonheur d’en découvrir un autre. Tous sangs mêlés. Tous sentiments emmêlés. Son œuvre reste un miroir dégrossissant de la « complexité infinie du réel » (Patrick Chamoiseau) qui nous entoure.

Au commencement ils avaient faim. Manger ensemble. C’est le préalable à toute vie commune : Aristote ne faisait-il pas du banquet l’exemple même de la démocratie ? Cet appétit reste ambigu : quand la faim justifie les moyens, elle devient casus belli. C’est ce que nous dit le conflit picrocholin : comment la guerre débute, comment elle s’entretient, comment elle se termine. Ce sont les deux premières étapes qui m’intéressent ici.

Faire la guerre pour des fouaces

« Dérivé de Picrochole, personnage de Rabelais au nom formé à partir du grec pikros, ‘’piquant, amer’’, et kholê, ‘’bile’’. Ne s’emploie guère que dans la locution Guerre picrocholine, pour désigner une querelle, un conflit dont les causes paraissent obscures, dérisoires ou ridicules. »

Dans le Gargantua de Rabelais, la seconde partie est largement dédiée à la narration de la Guerre picrocholine qui oppose Grandgousier à Picrochole. Plus précisément, les chapitres XXV et XXVI donnent à voir ce que certains qualifieraient d’une guerre « pour des prunes ». Que nenni. Le point de départ et la transformation en conflit sanglant vient d’une histoire de fouace. Mais comment une situation a priori sans conséquence peut dériver en violence à cause d’une interprétation malheureuse ou opportuniste, pour ne pas dire, de manière anachronique, une « récupération politique » ?

Des bergers du fief de Grandgousier, croisent des fouaciers (marchands de fouaces) et en acheter….

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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