Un État où les droits humains sont violemment réprimés est-il légitime à accueillir une COP ? Du 9 au 21 novembre, la Turquie présidera la 31e édition de ces conférences internationales sur les changements climatiques (COP31). Cette grand-messe, réunissant quelque 196 nations, pourrait bien servir de vitrine au président Recep Tayyip Erdogan, dont les autorités ne cessent de criminaliser davantage toutes voix contestataires.
Exilée en France depuis 2010, la sociologue et écoféministe Pinar Selek a été accusée de terrorisme sans la moindre preuve en 1998. Victime de torture, elle a fui son pays mais reste poursuivie par la justice turque. Dans cet entretien avec Reporterre, elle dénonce la participation des grandes puissances de ce monde au processus de légitimation du pouvoir autoritaire turc.
Reporterre — La Turquie accueille, à compter du 9 novembre, la COP31. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Pinar Selek — Cette COP servira de vitrine à Recep Tayyip Erdogan, c’est évident. Mais l’État turc en a-t-il réellement besoin ? Je ne suis pas sûre. Fin octobre, Erdogan a reçu les ministres des Affaires étrangères de sept pays, dont la France. Cette réunion visait à « agir de concert au service de la paix et de la stabilité » au Moyen-Orient. Quel signal envoient les grandes puissances de ce monde en nouant de telles alliances, alors même que les droits humains sont de plus en plus violemment réprimés dans le pays ? Elles légitiment le pouvoir autoritaire turc. La COP31 participera elle aussi pleinement de cela.
En fin de compte, j’y vois un peu la même stratégie qu’employait Donald Trump pour prétendre au prix Nobel de la paix. La Turquie assure qu’elle s’apprête à résoudre le conflit avec les Kurdes, celui avec les Arméniens. Elle accueille en grande pompe un sommet international œuvrant à la lutte contre la crise climatique. Mais derrière, rien ne se passe. Au contraire, les…
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