Je pisse, systématiquement, je pisse, pour oublier tous vos emmerdements. Je pisse, systématiquement, je suis un chien, j’aime ça, pisser, sans en avoir envie, je pisse, juste à renifler toutes vos embrouilles, vos vanités, vos faux semblants, vos ambitions illimitées, vos trahisons, vos discours éhontés, je pisse sur tout ce que je renifle, mâles ou femelles, coins de poubelles débordant de faux semblants, d’idéologies pourries, ça sent bon, je pisse, sur tous les trottoirs avec les vitrines aux écrans fondus du bleu cravaté des annonceurs dans la tonalité, je pisse, je suis un chien, la laisse me retient, je pisse.
Dès que le jour se lève je colle mon museau au bas de la porte, histoire de faire comprendre à ceux qui l’ouvrent et la ferment, bouclent ma laisse, mais boivent tranquillement leur café en frottant la surface du téléphone, que le moment est venu, c’est maintenant ou je pisse céans, vite, vite, on sort, souvent on me comprend. Sinon, et on le sait, ma vengeance serait terrible : tout sens dessus dessous, cassé, saccagé, mordu, déchiré. ça y est, le trottoir est à moi, je rase les murs, j’ausculte le sol, je lève la patte, une fois et encore, encore, la laisse me freine, tiens, pourquoi ? Je me retourne et supplie mon maître qui me retient : il caresse son portable, c’est la raison qui nous empêche d’avancer, je repisse au même endroit, je n’aime pas ça. Je m’arrête et m’assieds. Alors, ça vient ? On n’a pas encore tout dit ? Je m’impatiente et remue mes oreilles. Une dame chien passe, j’ai juste le temps de lui renifler le derrière avant que ma laisse ne me tire en arrière, je me cabre, mais n’y peux rien, ça sentait bon, j’émets un grognement étranglé puis je cède, mon maître a repris sa conversation avec son écran et on avance tout doucement. Je repère une herbe, toute fraîche, bien verte, on n’a pas encore trop pissé dessus, je flaire la bonne aventure et…
Auteur: dev

