« Blut schreit nach Blut »
« Le sang appelle le sang »
Kriemhild, Les Nibelungen
Dans « Moby Dick », le capitaine Achab chasse éperdument la baleine. Il la manque, elle le hante. La hantise rend fou. Il arrivera toujours un moment où la proie sera aussi hantée par le prédateur que le prédateur par la proie. Calculs. De repos, jamais ! Je tire les extraits suivants du livre de Pierre Senges, Achab – (Séquelles).
« La paranoïa du prédateur est une artiste de la variation : l’insistance peut-être, mais l’insistance vaut seulement si on prend la peine de se décaler d’un rien, comme si on voulait épuiser le monde en épuisant ses combinaisons, et s’en tirer à bon compte. »
« La paranoïa du prédateur : la certitude d’avoir affaire à une proie lâche et incompétente, sabotant tous les pièges dans lesquels elle tombe, et le reste du temps larvaire, velléitaire, jamais prête au combat . La paranoïa du prédateur regrette le mimétisme de la proie, elle le regrette et le redoute, elle le dénonce chaque fois que c’est possible, elle le voit évidemment partout, là où il est, là où il n’est pas, la même tache brune sur fond brun, elle considère le mimétisme animal comme une infraction lâche aux Conventions de Genève, elle craint le recours à l’Habeas Corpus, elle a peur de ces cadavres de proies plus virulents que les corps en vie, elle se demande quel piège l’attend une fois qu’elle aura triomphé. »
« Entièrement libérée de la peur, elle pourrait ne pas être folle, ni irrationnelle, et du coup, joyeusement, avec fierté, pourrait se défaire de toutes les accusations portées contre la paranoïa en général : la paranoïa du prédateur a tout pour être sereine (sérénité ne veut pas dire fadeur ni irénisme – son calme est un gage supplémentaire de méticulosité, de calculs plus retors, d’hostilité débarrassée de la haine et donc respectable, comme le serait un…
Auteur: dev

