L’appel au blocage lancé pour le 10 septembre s’inscrit dans une longue tradition militante. Dès l’aube du XXe siècle, les syndicalistes faisaient de ce mode d’action un axe essentiel de leurs combats révolutionnaires.
Objectif : mettre à l’arrêt l’économie en vue d’ébranler le pouvoir. Couper les routes, occuper les ports, encercler des villes… Les blocages ont pris de multiples formes, aux quatre coins du monde. Avec un certain succès. Tour d’horizon de mobilisations victorieuses où les écologistes ont pris leur part.
1970 — Bloquer les tronçonneuses : le mouvement Chipko
Le blocage des chantiers de bûcheronnage dans la région du Garhwal himalayen, en Inde, est souvent présenté comme l’un des actes de naissance de l’écoféminisme. Dans les années 1970, pour lutter contre la déforestation, protéger les bois de l’appétit des industriels et défendre leurs moyens de subsistance et leur mode de vie arrimé à la forêt, des centaines de femmes se sont mises spontanément à étreindre les arbres menacés par les coupes. Dans les régions montagneuses, les monocultures d’arbres plantés par les industriels provoquaient de fortes érosions, des crues et des avalanches. Les forêts naturelles étaient défigurées et perdaient leur capacité de régénération. Les hommes se mettaient à boire avec l’argent des coupes et les communautés explosaient.
Pour y faire face, les femmes se sont organisées. Elles ont organisé des déambulations dans les bois avec des tambours, attaché des fils sacrés aux arbres en gage de vœux de protection et enlacé les arbres pour empêcher qu’on les abatte. On a appelé cette révolte le mouvement Chipko. Littéralement « pot de colle », en hindi. Ces femmes avaient un besoin irrépressible de se coller aux arbres, raconte l’écologiste Vandana Shiva, qui les avait suivies à l’époque.
Dans les années 1980, le mouvement a permis l’instauration…
Auteur: Émilie Massemin, Gaspard d’Allens, Lorène Lavocat

