Pour combattre efficacement son ennemi, ou à minima s’en protéger, le préalable est de le connaître. Or sur le sujet de l’extrême droite, notre appréhension du phénomène est encore parfois sommaire : on la voit comme un camp unifié (“les fachos”), sans tensions ni contradictions. C’est donc tout l’intérêt d’une enquête comme celle qu’à menée Sébastien Bourdon, journaliste indépendant, anciennement au Monde, et spécialiste de l’extrême droite dans son ouvrage Drapeau noir, jeunesses blanches : enquête sur le renouveau de l’extrême droite radicale (Seuil, 2025) : situer les différentes idéologies, les réseaux, les structures, les méthodes d’actions, les grandes figures. Il a accepté de répondre à nos questions.
Définition, courants et liens avec le RN
Vous utilisez le terme « extrême droite radicale » plutôt que celui, plus habituel, d’ « ultra-droite ». Que permet-il de mieux comprendre sur les réalités idéologiques et organisationnelles de ce milieu aujourd’hui ?
J’ai voulu faire simple, en m’appuyant sur les définitions et la terminologie utilisées par les universitaires, et notamment par Nicolas Lebourg, qui est l’un des historiens les plus reconnus sur ces questions. Je me suis contenté de reprendre et de citer ses définitions.
L’intérêt de parler d’« extrême droite radicale » plutôt que d’« ultra-droite », c’est d’abord que le terme d’ultra-droite est un terme policier, issu des services de renseignement. Il ne veut pas dire grand-chose en tant que tel. Historiquement, dans les années 1990, une réforme des services de renseignement leur interdit de surveiller les partis politiques. Or, comme il existe des partis politiques d’extrême droite, cela pose un problème terminologique. La solution trouvée a été de créer la catégorie d’« ultra-droite », définie comme l’extrême droite qui n’est pas organisée en parti politique — et que…
Auteur: Rob Grams

