Si, en matière de production agricole, la France est la première de la classe de l’Union européenne avec 17 %, son modèle économique n’est pas aussi performant que le laisse penser cette bonne note. Car, derrière la modernisation sur tous les fronts, l’agriculture stagne en matière de rentabilité.
Depuis les années 1960, l’agriculture française s’est profondément transformée. Les exploitations se sont agrandies, la mécanisation s’est accélérée, les rendements ont fortement augmenté et la production s’est insérée dans des marchés de plus en plus mondialisés. Peu de secteurs ont connu une mutation aussi rapide.
Cette modernisation a produit des gains de productivité spectaculaires. Entre 1959 et 2025, la productivité agricole a progressé en moyenne de près de 2 % par an.
À ce rythme, l’agriculture française produit aujourd’hui presque quatre fois plus par unité de ressources mobilisées – travail, machines ou équipements, énergie, engrais ou pesticides – qu’à la fin des années 1950.
Mais ces gains de productivité se sont-ils traduits par une amélioration durable de la rentabilité ou de la profitabilité (rapport entre l’ensemble des recettes et l’ensemble des coûts) ?
Pour répondre à cette question, nous avons analysé les comptes nationaux de l’agriculture publiés par l’Insee sur près de sept décennies. Cette approche de long terme permet de dépasser les fluctuations annuelles et de mieux comprendre les mécanismes économiques qui structurent le secteur.
Produire plus ne signifie pas forcément gagner plus
Dans le débat public, la situation économique des agriculteurs est souvent évaluée à partir du revenu annuel. Cet indicateur conjoncturel est utile, mais il ne suffit pas à mesurer la rentabilité structurelle de l’activité. Une exploitation peut dégager un revenu certaines années tout en voyant sa performance économique se fragiliser à long terme.
Pour…
Auteur: Jean-Philippe Boussemart, Professeur émérite de sciences économiques et membre du Lille Economics Management, Université de Lille

