En novembre dernier, nous avions rencontré Tristan Garcia à l’occasion d’un lundisoir, il nous avait notamment parlé de son livre de philosophie à paraître Laisser être et rendre puissant. Bernard Aspe, lui aussi philosophe attaché au démantèlement de l’ordre du monde, nous a confié cette note de lecture critique et exigeante. Attention, cela s’adresse d’abord à celles et ceux qui ont lu Tristan Garcia et touchent leur canette en philosophie.
Tristan Garcia est cartésien, au moins en ce sens qu’il tient à distance le discours de l’université. La philosophie ne se construit pas sur la base d’une spécialisation académique. Elle est le déploiement d’une argumentation qui peut concerner tout le monde, et qui doit tenir tout entière par elle-même. Elle est l’exposition du fil continu d’un raisonnement que toute personne de bonne volonté doit pouvoir suivre. Il est essentiel pour cela que cet exposé ne quitte jamais l’espace de la langue commune. « Accessible à qui conque perçoit et pense » (248), tel est l’objet de sa dissertation. Il faut donc assumer le sérieux de la méditation cartésienne, et la dramaturgie spécifique qui l’accompagne – celle de la pensée entièrement livrée à sa seule ressource réflexive.
Peut-être Garcia voudrait-il moins volontiers reconnaître le fond hégélien de sa démarche. Précisons d’emblée que le renvoi à Hegel n’est pas d’emblée disqualifiant, bien au contraire. Ce que ce livre a de salutaire, c’est précisément qu’il ne tient pas compte des mises en garde proférées au long des décennies passées : il faut rejeter toute démarche « totalisante », il ne faut pas se perdre en généralités, il ne faut pas se confier à l’abstraction, il faut toujours laisser le dernier mot au multiple, en montrant qu’on a abandonné depuis longtemps toute recherche d’unité. Avec de telles mises en garde, s’est installée durablement la méfiance à…
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Auteur: dev

