Le vaudeville autour du choix pour Matignon n’avait en réalité qu’un enjeu : le sort de la réforme des retraites. Emmanuel Macron a tout tenté pour convaincre la droite du PS d’endosser le maintien de la réforme contre des portefeuilles ministériels, avec comme conséquence immédiate l’affaiblissement du NFP.
Le 11 juillet, des personnalités proches du PS et des Verts publient une tribune appelant le NFP à « tendre la main aux autres acteurs du front républicain pour discuter d’un programme d’urgence républicaine (1) ». Appel du pied aux macronistes, le texte passe sous silence l’abrogation de la réforme des retraites ou des mesures fiscales pour les plus riches, sous-entendant qu’il s’agit de points négociables. Parmi les signataires, Laurence Tubiana, qui se ferme ainsi la porte de Matignon : LFI ne peut évidemment accepter un tel recul.
Il est d’autant plus curieux de remarquer que, début septembre, l’aile droite du PS affiche son refus de la réforme. Bernard Cazeneuve, qu’on peut situer sensiblement à droite de la plupart des signataires de la tribune, se voit écarté de Matignon pour avoir refusé d’entériner la retraite à 64 ans. Que s’est-il passé entre-temps ?
Par ses tergiversations, Macron a clarifié le débat aux yeux du pays tout entier. Hors de question de reculer d’un iota sur ses réformes néolibérales, à commencer par les retraites. L’enjeu est économique mais surtout politique : les élites veulent faire entrer de force dans le crâne des populations qu’aucune ligne des « réformes » n’est négociable. Pas avec les mouvements sociaux, on le savait déjà, mais pas non plus avec les élus de la Nation. Les « réformes » ne font plus partie du champ du débat démocratique.
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Auteur: Thomas Coutrot

