Nous avons reçu ce poème accompagné de ce message :
« Cher Lundi Matin,
comme je n’ai plus d’affiches à coller, comme je ne sais pas bien quoi faire d’autre, je t’envoie de Grenoble une poésie, arrivée comme par effraction, en ces temps pour le moins… troublés.
Courage et merci de continuer à nous faire lire et penser. »
Et puisque nous pensons que le mode par lequel procède la fascisation est justement de l’ordre d’une presque normalité, d’une quasi-banalité marginale – ruine intérieure généralisée – nous entendons tinter, dans ce texte cosmologico-politique à boue brune, la mélodie ordinaire des fleuves qui refoulent par les caniveaux.
Tout est normal ou presque
les gens se rendent de leur domicile à leur lieu de travail
déposent les enfants à l’école
et s’agacent en voiture
et klaxonnent
comme si
de rien n’était.
Tout est normal ou presque
au marché on achète les légumes
de saison
les tomates enfin ressemblent à quelque chose
et les bouquets
de basilic
sur les étals.
Tout est normal ou presque
un jeune type que je ne connais pas me bouscule et me dit
pardon chérie
il se hâte de rejoindre son copain
Ouesh Gros, ça va ?
lui tend son poing
se font un check
et Gros répond
« Tranquille, tranquille »
Tout est normal ou presque
encore que l’eau de la rivière ait pris une couleur un peu trouble
en quelques jours
beaucoup plus trouble
que d’habitude
carrément trouble en fait
et le Drac est
énorme
et les ilots sur les berges sont recouvert d’une eau
à la teinte inhabituelle
ni verte
ni bleue
une teinte tourmentée
orageuse
l’eau mêlée à la terre
qu’elle charrie
devient brune
elle aussi.
Tout est normal ou presque
la chaleur descend sur la ville
les soldes d’été
ont commencé
et il y a des
moustiques.
Tout est normal ou presque
le dermatologue assure qu’il ne faut pas s’inquiéter
ça se traite bien ces choses là lorsque c’est pris à temps
c’est une petite…
La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

