Pogacar doit-il continuer sa route ?

Suite à une chute de vélo, le coureur slovène Tadeï Pogacar a été contraint d’abandonner le Tour d’Espagne : une commotion cérébrale et des grosses fractures ont eu raison de son projet de victoire. Il a certes été opéré avec succès, mais depuis les fans se demandent si le champion sera au top pour disputer les championnats d’Europe en Slovénie, à défaut de remporter les Championnats du monde pour la troisième fois, fin septembre. De leur côté, les suspicieux n’ont aucun doute : dorloté par les médecins, il pourra se doper mieux encore et sera sur pied pour remporter haut la main un sixième Tour de France, l’été prochain. Il se rapprochera alors du sulfureux Lance Armstrong, faisant peser sur ses épaules de lourds soupçons, ce qui entamera gravement sa santé mentale et il finira comme Marco Pantani – un nouveau pantin gonflé à bloc prendra sa place. Sale histoire, mais la route semble toute tracée…

Peut-être les uns et les autres manquent-ils toutefois d’empathie. Ils oublient en tout cas la souffrance de Tadeï. Physique, évidemment : chaque chute est traumatique et intervient, sur fond de fatigue, après d’immenses et douloureux efforts. Sa souffrance psychique, également : sa vie consiste à rester le nez dans le guidon des heures et des jours durant – les yeux sur le bitume, toujours le même. Autrement dit ils oublient que sa vie consiste à faire une sorte d’épreuve concrète de la res extensa cartésienne – épreuve lancinante de la vraie matière grise. Rien d’étonnant à ce qu’il ait lui-même avoué qu’il « comptait les jours avant la retraite »… Mieux vaut donc souffrir un peu avec lui, et demander : « Pogacar doit-il continuer sa route ? ». Nous pourrions certes craindre qu’il se relève trop tôt, et risque de nouveau sa santé. Pire : qu’il soit bientôt transformé en véritable objet biologique par les savants du corps, substrat séparé de toute…

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Auteur: dev