Politique de l'ennui

d’après Les estivants de Maxime Gorki / mis en scène par Georges Lini
(Théâtre des Martyrs)

Ils seront quatorze sur scène.

Pour l’instant, un couple seul accueille le public : Varvara et son mari, Bassov.

Elle est jeune et belle, lui, vieux et blafard.

Vite, des gens arrivent, un par un, sur le plateau nu, une chaise à la main en guise de cadeau : Souslov, Vlas, Zamyslov, Olga, Kaléria, Ioulia, Marie, Rioumine, Sonia, Chalimov, Doudakov, et Deuxpoints.

Des invités, avec leurs vies, leurs problèmes, leurs histoires de cœur et de famille, surgissent de la salle éclairée comme en plein jour, venus tout droit des rues de Bruxelles.

Et puis, c’est l’ennui.

Sous les bavardages, un vide terrible creuse les âmes.

Petit à petit, l’insignifiance ronge tout.

Elle est la misère de cette (petite-)bourgeoisie qui tourne en rond durant deux bonnes heures de spectacle.

Les « nerfs craquent », voilà tout le sujet des estivantes.

Sans qu’on sache, une fois pour toutes, ce que cette expression signifie : folie ou chute, résignation ou libération ?

Quelque chose, en tout cas, se fracture peu à peu, et ouvre une brèche dans la routine.

Bien sûr, la pièce est un miroir. A sa manière, quelle œuvre d’art ne l’est pas ?

Mais, plus encore, c’est une sorte de montre qui affiche l’heure qu’il est dans l’époque, ses battements profonds, ses obscures pulsations.

Ses effondrements et ses soulèvements.

Le temps de l’incertitude et de la perte de repères, des fissures et des métamorphoses.

Probablement pour d’autres raisons historiques et politiques que lorsque Gorki l’écrit, il y a de cela un peu plus d’un siècle, en 1904.

L’année de la mort de Tchékov dont l’ombre tutélaire plane tout du long comme une immense oreille posée au-dessus d’une rumeur anonyme d’où s’élèvent quelques éclats de voix.

1904, donc, et pourtant, sa modernité a ceci de frappant qu’elle nous parle d’aujourd’hui.

Ce processus de décomposition des rapports sociaux, cette…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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