La danse est plus que des corps s’agitant avec plus ou moins de maîtrise lors d’une soirée entre proches ou dans les clubs. Pour Habibitch, c’est un « cheval de Troie » pour parler de politique. Car la danse est aussi un langage de lutte pour les personnes minorisées, avec ses origines à respecter.
Habibitch raconte les « “Toi, t’es danseuse ?”, avec tout ce que ça sous-entend » d’être « une Algérienne » au « corps pas mince ». Faire ce métier signifierait avoir un corps modelé dans (et par) la norme majoritaire. Danser tout court, d’ailleurs.
Je suis blanche, née et élevée en Vendée – elle y a aussi grandi –, mais je suis grosse. Je connais la « stratégie d’autocensure » dans « les lieux de sorties (bars, boîtes de nuit, etc.), là où le corps est le plus observé », pour citer la sociologue Solenne Carof dans Grossophobie.
À qui est le dancefloor ? Surtout pas aux harceleurs, aux mascus à muscles ou à mortiers, ni à la « patine alternative », expression de l’ethnomusicologue Samuel Lamontagne pointant l’appropriation de cultures issues des marges transformées en espaces vidés de leur identité politique, comme la techno, la house, la ballroom, le twerk ou le whacking.
Habibitch rappelle que « ces danses ne sont pas des “techniques” nées ex nihilo, elles représentent des “contre-cultures” de résistance ». Madonna n’a pas créé le voguing en 1991, pas plus que Miley Cyrus le twerk en 2013. Le premier est inspiré des poses des mannequins de Vogue imitées par des détenus gays de Rikers Island (New York), qui rejoindront la culture ballroom. Il se danse sur de la house, native des DJ du club The Warehouse (Chicago), dont Frankie Knuckles, « lien tant attendu entre la musique noire des clubs et l’identité gay », illustre Didier Lestrade pour Slate.
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Auteur: Lucie Inland

