Natsuko Sasaki est membre du collectif Saccage 2024, qui s’oppose aux Jeux olympiques (JO) à Paris. Cette Japonaise explique les raisons du désamour envers cette compétition internationale à Tokyo, qui a débuté le 23 juillet et se tient jusqu’au 8 août.
Reporterre — Plusieurs manifestations ont été organisées récemment contre les Jeux olympiques (JO) de Tokyo. Pourquoi un tel désamour envers cette manifestation sportive historique ?
Natsuko Sasaki — D’abord, les gens ont peur que les Jeux olympiques créent des foyers de contamination de Covid-19. Au Japon, la vaccination n’avance pas du tout, environ 30 % seulement de la population est vaccinée. On sait qu’il y a eu des foyers de contamination lors de plusieurs matchs de l’Euro de football en juin dernier.
D’un autre côté, grâce à la pandémie, les Japonais ont découvert la véritable nature des JO : un évènement sportif privé au service des sponsors. Le gouvernement n’a d’ailleurs pas pu annuler ces jeux, qui se tiennent à huis clos en raison des nombreuses contraintes juridiques verrouillées par des contrats. Cela aurait également engendré une perte énorme pour toute l’économie du pays.
Le Japon voulait faire de ces jeux un symbole de la reconstruction après la catastrophe de Fukushima, en 2011. La flamme olympique a d’ailleurs été allumée là-bas. Qu’en pensez-vous ?
Ils ont voulu faire un parallèle avec les JO de Tokyo en 1964, au cours desquels un homme né pendant le bombardement de Hiroshima, le 6 août 1945, avait allumé la flamme olympique. Les autorités voudraient se servir des jeux pour tourner la page de Fukushima, mais ce n’est pas convaincant : la zone reste très contaminée, et le gouvernement aimerait d’ailleurs rejeter dans le Pacifique de l’eau de la centrale contaminée.
Yoshinori Sakai portant la flamme olympique aux JO de 1964, au Japon. Wikimedia Commons/Domaine public
Ces JO ont aussi l’ambition d’être les plus « verts » possible, avec des lits en carton, ou encore des médailles faites à partir de composants informatiques recyclés…
C’est du greenwashing, tout simplement. Les sportifs prennent l’avion pour participer aux compétitions et beaucoup de constructions sont inutiles. Le Comité international olympique (CIO) est également accusé d’avoir utilisé des bois tropicaux illégalement coupés pour construire certaines installations. De plus, le village olympique est situé sur le front de mer du district de Harumi, dans l’arrondissement du Chūō. Ils bétonnent le…
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Auteur: Laury-Anne Cholez (Reporterre) Reporterre

