Villemer, Seine-et-Marne, reportage
Un monticule surgit au milieu de la prairie scintillante de rosée. L’endroit pourrait être un bunker, perdu au fin fond de la Seine-et-Marne. Mais derrière la lourde porte se trouve un large puits d’eau translucide : la source de Saint-Thomas. Elle fait partie de la centaine de captages alimentant la capitale. Un joyau soigneusement préservé par la régie publique, Eau de Paris.
Autour de la résurgence, une quarantaine d’hectares clôturés sont « complètement protégés, sans aucune activité humaine », précise Manon Zakeossian, responsable de la protection de la ressource au sein du service municipal. Au-delà de la zone grillagée, Eau de Paris tente aussi de limiter toutes les activités qui pourraient contaminer l’or bleu. Et en premier lieu : les traitements agricoles.
Un « paiement pour services environnementaux »
Un défi de taille dans un territoire couvert de grandes cultures dopées aux engrais et aux pesticides. Pour convaincre même les plus réticents de lever le pied, la régie publique a donc sorti le portefeuille. Depuis 2020, elle déploie un dispositif inédit : le paiement pour services environnementaux. « On a mis en place un cahier des charges qui impose une réduction des produits phytosanitaires et incite à des changements de pratiques, détaille Manon Zakeossian. En échange, on rémunère les agriculteurs pour leurs efforts, à hauteur de 220 euros l’hectare. »
Une somme rondelette, qui a permis à David Tourte de sauter le pas. Le trentenaire exploite 130 hectares à Nanteau-sur-Lunain, non loin des sources de Villemer. Des céréales, des prairies, quelques arbres fruitiers et des animaux — vaches Aubrac aux yeux soulignés de noir et brebis Texel à la toison dense. « Grâce au soutien d’Eau de Paris, je réduis les phytos et je maintiens les prairies naturelles », explique-t-il. Pas du bio, mais du « raisonné », et de l’agriculture de conservation…
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Auteur: Lorène Lavocat

