Cet article est publié en partenariat avec le journal d’investigation locale Mediacités.
« Groupe Péna, une autre idée du recyclage », vante le site internet d’une entreprise familiale près de Bordeaux. Traitement des métaux, déchets du BTP ou électroménager, elle a su se positionner sur un marché très concurrentiel, jusqu’à dépasser les près de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Non sans quelques accrocs, révélateurs d’une justice environnementale qui avance à tâtons, enchaîne les dysfonctionnements et manque de moyens.
Cette entreprise fait figure de cas d’école : en février 2025, sa société principale, Péna Métaux, a été condamnée à 200 000 euros d’amende à la suite de rejets de plomb et de cuivre dans l’eau. Après avoir été mise en demeure par l’État, l’entreprise ne s’était pas mise en conformité. Le groupe est un récidiviste : il a déjà été condamné en 2021 pour des faits similaires et est suivi par les services de l’État. Mais il reste en infraction, « plus de cinq ans après la première mise en demeure », résume le tribunal de Bordeaux dans son jugement.
Comment expliquer une telle inertie au sein d’une entreprise aussi importante ? Contacté, le groupe n’a pas répondu à nos questions. Mais l’affaire met en lumière la complexité et la lenteur avec laquelle sont traités les dossiers de pollution de l’eau en France. Lorsqu’ils parviennent à la connaissance des autorités, la majorité des cas font le plus souvent l’objet de multiples relances et mises en demeure administratives pendant des années, donnant parfois lieu à une amende ordonnée par les services de l’État, beaucoup plus rarement à une procédure judiciaire, et presque jamais à un procès.
Hécatombe du côté des agents
En 2021, le procureur général près la Cour de cassation François Molins mettait en garde contre « un risque de dépénalisation de fait du…
Auteur: Émilie Rosso, Mathieu Martinière, Mathieu Périsse

