Saint-Bauzély (Gard), reportage
Des poulets gisent entassés dans des caisses empilées les unes sur les autres. À peine déchargées du camion, un chariot-élévateur les mène jusque dans une sorte de tunnel. Une scène quotidienne visible depuis la route qui permet d’accéder au centre-bourg de Saint-Bauzély, village de 700 habitants situé à une vingtaine de kilomètres de Nîmes (Gard).
À la chaîne, les volailles seront d’abord étourdies, puis saignées, trempées dans un bain d’eau chaude pour faciliter leur déplumage, éviscérées et enfin découpées et conditionnées en barquettes. Une cadence infernale qui va bientôt augmenter : l’usine d’abattage et de conditionnement de volaille Duc projette de passer de 75 tonnes par jour, à 250 tonnes, d’ici sept ans. Soit environ 250 000 volailles abattues par semaine.
« Tant que l’usine ne s’agrandissait pas, tout le monde vivait avec. Parce qu’il faut bien faire des compromis. Mais 250 tonnes par jour, c’est trop ! On est dans un village, pas dans une zone industrielle », lâche une habitante qui souhaite garder l’anonymat, comme de nombreuses personnes qui ont accepté d’échanger avec Reporterre.
De l’entreprise familiale à la multinationale
Pas facile, en effet, de critiquer publiquement l’usine qui a fait l’identité du village depuis son installation dans les années 1960, sous le nom d’Avigard. Après de multiples rachats, dont celui par Duc, en 1997, la production n’a plus rien à voir avec ses débuts et s’inscrit dans le circuit commercial mondialisé de la volaille. Les éleveurs installés aux alentours ont pour une large majorité fait faillite.
En 2017, le groupe Duc était racheté par l’un des leaders européens du secteur : le néerlandais Plukon Food Group. Comme le révélait Mediapart en 2022, en s’emparant du marché français, le groupe a abandonné la production de poulet bio pour se tourner vers la production de…
Auteur: Estelle Pereira

