Le gouvernement marocain a dévoilé, le 24 décembre 2024, les grandes lignes du projet de réforme du Code de la famille (Moudawana), fruit de six mois d’audition et de consultation avec notamment les différentes instances issues de la société civile (féministes, démocrates, religieuses, etc.). Cette réforme était attendue comme une étape cruciale vers une plus grande égalité entre hommes et femmes. Mais ses premières propositions ont laissé un goût d’inachevé aux militantes féministes.
D’après elles, si le texte amorce quelques changements, il n’apporte aucune réponse satisfaisante aux questions fondamentales comme la polygamie, l’égalité successorale, la filiation paternelle.
Leïla Tauil, spécialiste des mouvements féministes au Maroc, décrypte, dans cet entretien avec The Conversation Africa, les enjeux et les limites de ce projet de réforme.
Quels sont les principaux changements proposés par le nouveau Code de la famille marocain et quels aspects, selon vous, demeurent encore discriminatoires ?
À la suite du discours royal du 30 juillet 2022 appelant à une refonte du Code de la famille (Moudawana) pour promouvoir la parité, diverses organisations féministes, politiques et religieuses ont été invitées à soumettre des propositions.
Parmi les principaux changements positifs proposés, provenant des mouvements de femmes et validés par le Conseil supérieur des oulémas, il y a notamment le maintien de la garde maternelle après la rupture et même le remariage de la mère.
Il faut également mentionner la reconnaissance de la contribution du travail domestique de l’épouse dans la gestion des biens acquis durant le mariage, la tutelle partagée entre les deux époux des enfants pendant et après la rupture et le droit au maintien du logement conjugal pour la veuve ou le veuf survivant.
Néanmoins des discriminations, liées au rejet des propositions féministes par le Conseil supérieur des oulémas, persistent…
Auteur: Leïla Tauil, Enseignante-chercheure, Université de Genève

