À la sortie de Comment tout peut s’effondrer, en 2015, Pablo Servigne a découvert dans quel état de sidération son livre a plongé son lectorat. À chacune de ses conférences, quelqu’un dans l’audience surgissait, souvent en état de panique, pour partager ses plus grandes trouilles. Les pleurs étaient là, l’accablement aussi. Le chercheur « in-terre-dépendant » s’est interrogé : peut-on lancer des alertes sans faire peur ?
Le sujet l’occupe durant plusieurs années et il s’est associé à Nathan Obadia, instructeur d’arts martiaux et thérapeute, pour nous « alphabétiser émotionnellement », c’est-à-dire nous familiariser avec la dynamique de nos peurs, individuelles et collectives. « Le but du livre était de transmettre une grammaire commune, qu’on comprenne qu’on a tous des peurs et qu’en ne les travaillant pas, on les projette sur les autres… ce qui, au passage, détruit énormément de collectifs en lutte », dit Pablo Servigne à Reporterre, qui l’a contacté au lendemain de la dissolution de l’Assemblée nationale.
De la trouille à l’énergie
Qu’elle surgisse du monde extérieur, de la grande crise du vivant, d’un problème d’autorité ou d’un message de notre corps endolori…, la peur est partout. Nous le savons, celle-ci est bourrée de paradoxes : elle met en mouvement tout autant qu’elle fige et, collectivement, la société a — dans le même temps — trop et pas assez peur. Avec cet ouvrage à destination du grand public (c’est-à-dire pas forcément familier de la collapsologie), Servigne et Obadia nous aident à accueillir la trouille pour ce qu’elle est : une formidable énergie qui pousse à l’action.
Les deux explorateurs du flip s’appuient sur la figure du suricate, petit mammifère d’Afrique de l’Ouest, dont la sentinelle est une figure à part entière du groupe familial. Pendant que la tribu vit sa vie, deux ou trois individus dressés sur leurs pattes…
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Auteur: Laure Noualhat

