Jérôme Martin est cofondateur de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament (OTMeds).
Reporterre — L’Europe entre dans une cinquième vague du Covid-19, le monde assiste à l’émergence du variant omicron… Peut-on y voir les signes de l’échec des politiques sanitaires menées jusqu’ici ?
Jérôme Martin — Tant que l’accès aux vaccins n’est pas favorisé partout, les variants continueront d’émerger. Dans ce sens, la cinquième vague et omicron ne sont pas une surprise : c’est le résultat de choix politiques. Le fait de ne pas avoir permis une large vaccination à travers le monde, et d’avoir empêché les pays du Sud de vacciner, a largement favorisé la circulation du virus et l’apparition de variants.
Moins de 5 % des populations des pays à bas revenus et moins de 50 % de la population mondiale ont reçu une première dose de vaccin. La Suède a reçu neuf fois plus de doses de la part du laboratoire Pfizer que l’ensemble des pays à bas revenus réunis. Tant que ces inégalités vaccinales perdureront, on ne sortira pas de la crise sanitaire. Pour en finir avec la pandémie, il faut lever les brevets, pour que les pays pauvres puissent produire leurs vaccins.
Vous dites que l’Europe a empêché les pays du Sud de vacciner, qu’entendez-vous par là ?
Pour le moment, les pays riches se sont contentés de coopérations basées sur le volontariat, comme Covax. Toutes ces initiatives volontaires sont un échec. L’Europe fait valoir des dons et des exportations de doses. Sauf que cela ne fonctionne pas. Début décembre, le Nigeria a dû jeter un million de doses parce qu’elles étaient arrivées dans le pays à la limite de la péremption. Les stratégies de vaccination de masse sont complexes, on le voit bien chez nous, et pourtant les pays riches demandent aux pays pauvres de s’organiser en fonction d’arrivées de doses aléatoires et dans des délais très courts.
Les pays en développement doivent être autorisés à produire leurs vaccins. Il faut aussi qu’on puisse produire des génériques. La plupart des pays du Sud ont des capacités de production. En Afrique du Sud, un laboratoire produit des vaccins Janssen, mais les exporte tous vers des pays riches. Cette logique de l’offre et de la demande, qui détermine tout le processus, est fatale, il faut remettre des logiques de santé publique. On ne peut pas dépendre du bon vouloir des firmes pharmaceutiques, qui chercheront toujours, avant tout, à maximiser leurs profits. Les États ne peuvent laisser les…
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Auteur: Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre

