Les Gets (Haute-Savoie), reportage
« Vous allez voir », lance Noël Anthonioz, berger de la station Les Gets, en montant dans son 4×4. Par une piste forestière sinueuse, il accède au versant des Chavannes qui surplombe le village où, l’hiver, sont hébergés les touristes venus profiter du domaine skiable Les Portes du soleil, l’un des plus vastes du monde. L’été, la station devient « la capitale mondiale du VTT ». 128 km de pistes de VTT ont été aménagés depuis 1992. En août, elle accueille la Coupe du monde Mountain Bike UCI et deux épreuves des championnats du monde de cyclisme. Désormais, c’est un projet de nouveaux aménagements pour les vélos qui crée des tensions entre les habitants et pose l’épineuse question de l’avenir des territoires de montagne dans un contexte de changement climatique.
Si Noël Anthonioz emmène des journalistes sur le versant des Chavannes, c’est pour montrer ces pistes de VTT et raconter les conséquences qu’elles ont eues sur son activité : « On prenait une soixantaine de génisses en pension depuis quarante ans, mais on a dû arrêter il y a six ans. Elles s’affolent à cause des vélos. Vu qu’elles sont en stabulation le reste du temps, elles n’étaient pas habituées. Elles couraient, on les retrouvait au village », explique-t-il. Sa vingtaine de vaches restantes pâture ce jour-là aux abords d’une piste de VTT balisée.
Celle-ci fait plus de 2 mètres de large, rien n’y pousse, la terre est ravinée par les passages des roues. Aux Gets, plus de 450 000 vététistes ont emprunté les remontées mécaniques pour s’offrir l’adrénaline d’une descente en 2022, selon un rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) publié en 2023. « Pour eux, on est un terrain de jeu, c’est Disneyland. C’est de notre devoir de protester contre les nouvelles pistes », dit Anouk Bonhomme, elle aussi bergère aux Gets.
« L’avenir de ma ferme est remis…
Auteur: Claire-Marine Selles

