« Pour financer l’action publique, il faut sortir de cercles vicieux à tous les niveaux »

Faut-il se résoudre à une baisse de la dépense publique pour résoudre l’équation budgétaire de la France et se priver d’augmenter les recettes au nom d’une pression fiscale démesurée ? Pas si sûr, nous explique Jacques Le Cacheux. Le débat qui entoure la question semble cerclé de nombreuses « illusions comptables », méconnaître le fait que les services publics sont nécessairement de plus en plus coûteux, et ignorer le risque d’être entraîné dans un véritable cercle vicieux. Comment faire alors ?


Depuis Roosevelt, il est marqué au fronton du bâtiment du fisc à Washington : « Les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée. » Aujourd’hui, vous vous demandez dans vos travaux si les États ont « perdu la bataille de l’impôt » Comment en est-on arrivé là ?

Jacques Le Cacheur : Près d’un siècle s’est écoulé depuis. D’une part, les prélèvements obligatoires ont beaucoup augmenté au XXe siècle dans tous les États développés. D’autre part, une nouvelle idéologie s’est installée dans les années 1980 avec des dirigeants comme Ronald Reagan ou Margaret Thatcher qui ont présenté l’État davantage comme un problème que comme une solution. Ils ont promu son amaigrissement, ce qui a conduit à diaboliser l’impôt avec le concours de certains économistes. Leur argumentaire reste présent dans la tête de nombreux dirigeants qui refusent toute augmentation d’impôt pour ne pas décourager le travail, l’esprit d’entreprise ou l’épargne.

Que penser de ces arguments ? Y a-t-il véritablement un arbitrage à faire entre recette fiscale et croissance, entre justice et compétitivité ?

J. L. C. : Pas nécessairement. Les pays scandinaves ont pendant longtemps démontré qu’une imposition relativement élevée pouvait coexister avec de bons indicateurs macroéconomiques. L’ouvrage Growing public, de Peter Lindert montre, chiffres à l’appui, que…

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Auteur: Jacques Le Cacheux, Professeur d’économie, Université de Pau et des pays de l’Adour (UPPA)

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