Ils ne sont pas tous jugés en même temps. Le premier, le Chevalier de La Barre, condamné à mort en février 1766, fait appel, tandis que l’un de ses compagnons, qui a réussi à s’enfuir, subit le supplice en effigie.
En juin 1766, l’arrêt de la Cour du parlement, à Paris, confirme la sentence d’Abbeville : le Chevalier de la Barre est condamné à « faire amende honorable, avoir la langue coupée, la tête tranchée, et son corps ensuite jeté avec la tête dans un bûcher pour y être brûlés. » La seule différence avec la sentence d’Abbeville : le Chevalier ne sera pas brûlé vif.
Le 1er juillet 1766, dès 5h du matin, le Chevalier de la Barre est soumis à un dernier interrogatoire ; il subit la question ordinaire et extraordinaire (cf. le monument), avant d’être conduit sur la place d’Abbeville, au supplice auquel il a été condamné.
Pourquoi une telle violence ? pour des « amusements », des « enfantillages » comme le disent ceux qui défendent le Chevalier ?
Le contexte politique des années 1760 en France peut nous aider à comprendre.
C’est l’époque où le Parlement, assemblée qui défend les intérêts de la noblesse et la religion, fait la guerre à l’Encyclopédie et aux livres de philosophie. Les deux premiers livres de l’Encyclopédie de Diderot ont été condamnés, en1752, brûlés en 1759 ; la publication se poursuit, mais clandestinement et les encyclopédistes sont considérés comme une « secte dangereuse ».
Pourquoi ? Pour le Parlement, en prônant l’irréligion, l’Encyclopédie sape les fondements de la monarchie. Il s’agit pour le Parlement de défendre la monarchie de droit divin. Attaquer la religion, c’est attaquer la royauté.
Dès sa parution en 1764, la répression s’abat sur le Dictionnaire philosophique portatif écrit par Voltaire, et publié en petit format comme son nom l’indique, pour en faciliter la diffusion.
Ce dictionnaire est lacéré et brûlé à Genève, brûlé en Hollande, à Berne ; en 1765, il est mis à l’Index par l’Eglise et condamné par le Parlement.
Or, dans la perquisition faite le 4 octobre dans le logement du Chevalier de la Barre, on a trouvé le Dictionnaire philosophique. Pire : plusieurs témoins affirment que le Chevalier, qui ne s’est pas agenouillé au passage de la procession, fait une génuflexion chaque fois qu’il passe devant sa bibliothèque où se trouve le Dictionnaire philosophique.
Cela suffit à aggraver considérablement son cas. Il s’agit, à travers le Chevalier, de condamner et réprimer les idées…
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Auteur: La Libre Pensée Le grand soir

