Accroupi dans l’air chaud et humide de sa chambre, Liu (1) charge méticuleusement son gros sac à dos. Le jeune homme, arrivé la veille à Necocli, petit port de pêche de la côte caraïbe colombienne, empile un pot de crème solaire, du répulsif à moustiques et sa lampe frontale. « J’ai aussi acheté ces pastilles pour purifier l’eau, indique ce Chinois de 23 ans, dans un anglais incertain. Ce sera utile pour la traversée. » La traversée, c’est celle du Darien, de l’autre côté du golfe d’Uraba. Liu serre les lanières, vérifie les fermetures du paquetage. Il est prêt.
15 000 kilomètres séparent le Darien de Canton, sa ville natale. Liu n’est pas le seul Chinois à vouloir traverser cette région à cheval entre la Colombie et le Panama, presque aussi grande que la Belgique. Entre le 1er janvier et le 1er novembre, 18 501 migrants chinois ont emprunté cette route extrêmement dangereuse, montagneuse et recouverte de jungle, contre 2 005 l’année précédente, selon les services migratoires panaméens. Cette année, les Chinois sont devenus le quatrième contingent à passer par le Darien – le premier extra-continental – derrière les Vénézuéliens (294 000), les Équatoriens (51 000) et les Haïtiens (41 500).
« Je veux fuir la dictature »
Liu n’a qu’un objectif en tête : rejoindre les États-Unis. Le jeune homme ne dévoile pas son identité : « Si les autorités chinoises parviennent à m’identifier, elles peuvent s’en prendre à ma famille restée en Chine. » Il explique avoir quitté son pays pour des raisons politiques : « Je ne suis pas d’accord avec le contrôle que le gouvernement chinois exerce sur nos vies et cela finira par m’attirer des ennuis. Je veux rejoindre les États-Unis pour vivre librement. »
Les restrictions des libertés, toujours plus sévères depuis la pandémie de Covid-19, ont aussi convaincu Yuzé (1), 52 ans, d’abandonner sa vie à Chongqing : « Je veux…
La suite est à lire sur: www.la-croix.com
Auteur: William Gazeau, à Necocli (Colombie)

