Les assassinats de deux professeurs de l’enseignement public, Samuel Paty et Dominique Bernard, survenus à trois ans d’écart, à la même période de l’année scolaire, par deux jeunes hommes de même origine, fichés S pour radicalisation, constituent des « événements monstres », selon l’expression introduite en histoire par Pierre Nora. Il ne faut pas pour autant renoncer à les analyser, même s’ils nourrissent le sentiment déprimant que le monde est en train de se défaire sous nos yeux.
Ces actes ne relèvent pas de la délinquance crapuleuse ordinaire ou de la vengeance d’un ancien élève enragé par un ressentiment inextinguible contre l’école. Ils émanent de la mouvance islamiste globalisée qui mène un combat idéologique contre les démocraties sécularisées et pratique un terrorisme apocalyptique, comme nous l’avons vu en Israël le 7 octobre.
Les traits communs aux enseignants victimes, d’une part, et ceux des assassins radicalisés, d’autre part, incitent à creuser l’aspect mimétique des actes visant l’héroïsation selon la doctrine djihadiste, ainsi que le choix réitéré de professeurs pour cibles électives, ce qui a pour conséquence d’insécuriser profondément toute la profession.
Banale violence à l’école
La violence exogène est loin d’être inconnue en milieu scolaire. Dans certains établissements en zone dite difficile, retrouver sa voiture avec les pneus crevés constituait pour tout personnel un risque ordinaire avéré depuis longtemps. Avons-nous déjà oublié les émeutes du mois de juin, au cours desquelles près de 200 écoles et établissements ont été détruits et incendiés ? Ces faits de violence n’ont pas touché que des écoles, mais aussi des pharmacies, des banques, des magasins.
Aussi ont-ils été rangés sous une interprétation dominante sur laquelle il faut s’arrêter. Des sociologues, des philosophes aussi, ont alors pointé l’écart entre les «…
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Auteur: Isabelle de Mecquenem

