Les personnes les plus pauvres se sentent-elles concernées par la crise écologique ? Que pensent-elles des mesures environnementales mises en place par l’État ? Publiée en septembre 2025, l’enquête « Sobriété et pauvreté » s’appuie sur un sondage de 478 personnes vivant au seuil de pauvreté ou en dessous et sur 44 entretiens approfondis.
Elle montre que ces publics sont très préoccupés par la crise écologique, que beaucoup adoptent déjà des pratiques respectueuses de l’environnement, mais qu’ils restent très critiques envers les mesures de transition écologique, jugées déconnectées de leur quotidien et de leurs contraintes. Thomas Mattei, sociologue et codirecteur de l’étude avec Marie-Laurence Pitois-Pujade, a répondu aux questions de Reporterre.
Reporterre — Pourquoi cette enquête ?
Thomas Mattei — Ancien éducateur spécialisé, je prépare une thèse de sociologie sur le travail social de prévention de la radicalisation mené par les éducateurs de rue. À travers ce sujet, je m’intéresse à la manière dont les politiques publiques sont pensées pour les milieux populaires, et comment ces publics les reçoivent et y réagissent.
En 2023, j’ai rejoint le projet Sobriété et pauvreté du Pacte civique, un collectif promouvant l’engagement citoyen, la démocratie participative et la transition écologique. Ce qui m’a motivé, c’est de ne pas réduire les personnes précaires à leurs contraintes économiques, mais de les interroger sur leur vision des choses, leurs choix politiques et moraux, et leurs propositions.
Les classes populaires se soucient-elles d’écologie ?
Il faut distinguer la préoccupation écologique de l’adhésion aux politiques ou au discours dominant. La plupart des personnes interrogées sont clairement préoccupées par la crise écologique. Dans le sondage, la préoccupation principale reste le pouvoir d’achat avec 85 % des répondants se disant…
Auteur: Émilie Massemin

