Beuvardes (Aisne), reportage
« Oh, il est beau celui-là ! » Penchés au-dessus d’un seau en plastique, les yeux bleus délavés de Flavien Maniez s’illuminent. Au fond du bac, planté dans l’humus d’un bois de la commune de Beuvardes (Aisne), un minuscule triton ponctué — reconnaissable à son ventre moucheté et à sa queue orange — se recroqueville sous une poignée de feuilles mortes. L’amphibien gigote au contact de la paume chaude de l’animateur nature.
« Il devait avoir froid », s’attendrit le jeune homme avant de le transférer dans un aquarium portatif. Une dizaine de tritons y barbotent en attendant d’être relâchés dans l’étang voisin de la Logette, séparé de la forêt par une route départementale. Cette migration assistée est la seule manière, pour eux, d’atteindre leur lieu de reproduction sans risquer de se faire écraser par les roues des voitures.
Le Conservatoire des espaces naturels des Hauts-de-France a inauguré en 2008 ce « crapaudrome », long de 500 mètres. Le principe est simple : chaque année, à la fin de l’hiver, lorsque les amphibiens commencent à sortir de leur hibernation pour rejoindre les étangs et les mares, des bénévoles installent des bâches en bordure de route.
Tritons, grenouilles, crapauds et salamandres se retrouvent coincés devant elles. En tentant de les contourner, ils tombent dans des seaux, que des bénévoles et des salariés du Conservatoire des espaces naturels, comme Flavien Maniez, relèvent chaque matin pour les emmener, à pied, jusqu’à leur point d’eau. En quinze ans, plus de 147 000 amphibiens ont été sauvés grâce à ce dispositif. 297 autres installations de ce type existent sur le territoire, selon les chiffres de la Société herpétologique de France.
Un joli coup de pouce à des êtres vivants bien mal en point. À travers le monde, plus de 40 % des espèces d’amphibiens sont menacées d’extinction, selon la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). En Europe, il s’agit du groupe de vertébrés le plus menacé, signale à Reporterre l’herpétologue Christophe Dufresnes, chercheur à la Nanjing Forestry University et auteur d’un guide d’observation et d’identification des amphibiens. « L’état global est assez mauvais, déplore-t-il. Les populations se cassent la figure en masse. »
Œil expert et main agile
Parmi les responsables de cet effondrement : le réchauffement climatique, qui assèche les points d’eau dont les amphibiens dépendent, les champignons parasites, l’introduction d’espèces invasives, les pesticides, l’urbanisation et la fragmentation des paysages forestiers… Et, bien sûr, le trafic routier. « C’est un…
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Auteur: Hortense Chauvin Reporterre

