La lettre d’adieu de Manouchian en tête, et notamment ses quasi derniers mots : « Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement », nous avons appris, en lisant L’Humanité du lund 19 juin 2023, que notre président, recyclant pour la centième fois une célèbre « licence poétique » (et politique) d’Aragon, et l’élevant au rang de « ait alternatif », avait rendu hommage au Groupe Manouchian en célébrant les « vingt trois qui criaient la France ». Et que sur sa « gauche », le dénommé Roussel avait salué « la reconnaissance du rôle des communistes dans la résistance ». Moralité : si tu es communiste internationaliste et arménien, n’espère pas être reconnu et honoré comme tel. Tu seras arménien mais nationaliste et franco-centré, ou bien communiste tout court, mais sans histoire spécifique, sans origine, sans « particularisme » [1]. C’est encore cette intersection-là, entre État français, classe ouvrière, immigration « levantine », engagement communiste et internationalisme, qu’explorent les lignes qui suivent, écrites en réaction à la « récupération cocardière » du groupe Manouchian, et à un article, publié ici-même, qui dénonçait ladite récupération.
« Lorsqu’on commença à déporter les Arméniens d’Adiyaman, de Samsat et des villages alentour, les femmes furent envoyées à la gare d’Arabpunar et les hommes furent jetés dans le fleuve, attachés les uns aux autres. » (Hayg Toroyan-Zabel Essayan, L’agonie d’un peuple [2])
« Mieux vaut tard que jamais, dira-t-on, en termes de reconnaissance historique » : ainsi débute l’article de Pierre Tevanian, une lecture nécessaire qui éclaire, sans projecteurs superfétatoires, le destin de Missak Manouchian. Un destin qui, s’il a fait l’honneur de la France, le fit au nom de la lutte contre la barbarie nazie et de…
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Auteur: Rosine Rocipon Boyadjian

