L’urgence de mieux communiquer la science, que ce soit au grand public ou aux gouvernements, est exacerbée par les crises globales, climatiques ou sanitaires.
Cependant, au lieu de s’appuyer sur les meilleures pratiques et la recherche en la matière, les spécialistes et les bailleurs de fonds semblent se perdre dans une myriade de termes pour désigner ces efforts, ce qui mine la compréhension, la collaboration et l’avancement de la recherche dans ce domaine.
La recherche sur les initiatives visant une meilleure utilisation des connaissances scientifiques pour éclairer les pratiques professionnelles (enseignement, santé, action sociale, etc.), les prises de décisions politiques et les actions publiques est un domaine en pleine émergence. Comment tenir compte des recherches sur la manière dont il faut (ou pas) confiner une population dans le contexte d’une épidémie ? Quels processus organiser pour changer un curriculum d’enseignement du sport à l’école primaire ? Quelles connaissances mobiliser pour préparer les équipes de secours à l’arrivée d’un cyclone ?
Déjà, au début des années 1990, à l’époque où les banques de données en ligne n’existaient pas encore, on pouvait retracer dans les écrits scientifiques plus de 10 000 titres portant sur le concept de « transfert de connaissances », au cœur des processus pour répondre aux trois exemples précédents.
Aujourd’hui, une simple recherche sur Google avec les termes combinés « knowledge transfer » génère plus de 25 millions de pages, et on accède à près de 2 millions de pages avec la même combinaison de termes en français. Comme c’est généralement le cas, l’effervescence liée au développement d’une nouvelle discipline comporte son lot de questionnements, d’incertitudes et de contradictions.
Mais alors que l’intérêt pour l’utilisation de la science croît à une vitesse vertigineuse, plutôt que de nous rapprocher…
Auteur: Valery Ridde, Directeur de recherche, Institut de recherche pour le développement (IRD)

