Il y aurait une crise de la valeur du travail en France. Pour la restaurer, il faudrait instaurer un rapport de forces. Derrière les fausses évidences des discours médiatiques se cache une vision du travail réduit à un moyen de gagner de l’argent, faisant du salarié un mercenaire. Un comble, quand le discours de nombreuses entreprises s’inquiète du manque d’engagement des salariés.
Les discours politiques et médiatiques actuels bruissent d’une soi-disant désaffection des Français vis-à-vis du travail. Certains préconisent alors un durcissement du rapport de force : en réduisant les droits au chômage ou les conditions d’accès aux minima sociaux, on forcerait les Français à reprendre goût à l’effort. Cette approche porte en creux une vision : le travailleur ne serait plus celui qui peut être fier de son apport à la société.
Certes, on travaille pour gagner sa vie et financer ses besoins ou envies, mais il reste difficile de se limiter à cela. Travailler donne aussi une place dans la société, procure le sentiment d’être utile, apporte une forme de reconnaissance, permet d’entretenir des relations sociales et d’apprendre de nouvelles choses…
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La place du travail
D’après un sondage Harris Interactive mené en 2021 auprès de 10 001 personnes, seuls 35 % des personnes interrogées s’arrêteraient de travailler si elles n’avaient pas besoin de gagner de l’argent pour vivre. Les jeunes sont encore moins nombreux à envisager une vie sans travail.
C’est surtout quand on ne peut plus donner de sens à son activité que l’on en vient à la justifier par les gains monétaires. Un exemple extrême est celui des traders qui veulent gagner un maximum d’argent rapidement pour arrêter de travailler et profiter ensuite de la vie. Dans une moindre mesure, des…
Auteur: Marc Loriol, Directeur de recherche CNRS, sociologue, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

