Pour toucher les aides de la PAC, les éleveurs de montagne devront jouer aux détectives privés

La Souche, Saint-Andéol-de-Vals (Ardèche), reportage

Un doigt en l’air, Céline Charbonnier désigne une garrigue récemment « nettoyée » par la centaine de brebis qu’elle élève avec sa fille, Lucie, dans une vallée reculée de la commune de La Souche. « Là, par exemple, j’ai un îlot où il doit y avoir une quinzaine de propriétaires différents. » Ces parcelles pentues, situées à plus de 500 mètres d’altitude, vont de quelques dizaines à plusieurs milliers de mètres carrés. Elles appartiennent à des familles que parfois, plus personne ne connaît. « D’après mes calculs, sur les terrains que j’utilise, il y a environ 25 propriétaires différents, dont une partie sont décédés, sans parler de ceux qui ont déménagé. »

Autrefois entretenus par chaque foyer qui y menait une agriculture vivrière, ces petits terrains ont progressivement été abandonnés au gré de l’exode rural, et parfois même oubliés par les nouvelles générations. « Retrouver ces familles, c’est un travail colossal ! » soupire Céline Charbonnier.

Pourtant, si on en croit la nouvelle réglementation mise en œuvre dans le cadre de la politique agricole commune (PAC), c’est bien ce qu’elle va devoir faire. Désormais, les agriculteurs doivent prouver que les terres qu’ils déclarent utiliser — et pour lesquelles ils touchent des subventions de la PAC — le sont avec l’accord des propriétaires concernés. Si aucun bail de location formel n’existe, les propriétaires devront, a minima, fournir une attestation aux agriculteurs pour leur permettre d’être en règle.

Pour cette famille d’éleveuses, cette nouvelle réglementation est un nouveau coup de massue. « On a déjà bien assez de galères entre le sanitaire, le climat et puis l’administratif qui nous sort déjà par les yeux ! On aimerait juste qu’on nous laisse faire notre métier », s’indigne Céline Charbonnier. Derrière son entrain et…

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Auteur: Lyse Mauvais, Pauline De Deus

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